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Article tiré du journal "Lettre du Cambodge" publié en décembre 2006. Disponible au format .pdf ici . Cet article est une interview de Franck Touch le Directeur Général de KhmerDev. Il nous parle du marché de l'informatique au Cambodge et des problèmes rencontrés notamment au niveau du prix de l'internet.
L'avis du spécialiste : Khmerdev
Entretien avec M. Franck TOUCH, Directeur de KhmerDEV
Propos recueillis par Ratana PHURIK-CALLEBAUT
CCFC: Quelle est l’offre actuelle sur le marché des services informatiques au Cambodge?
F.T.: Il y a deux types de sociétés informatiques, des sociétés qui offrent une qualité de niveau international, gérées par des occidentaux ou des khmers de l’étranger avec des prix en conséquence, et les sociétés locales qui offrent des solutions de bas prix mais souvent de qualité médiocre. On assiste à une Concurrence de plus en plus accrue au niveau des sociétés occidentales, mais le marché est loin d’être saturé, du moins encore pour les 2-3 prochaines années. De plus, la concurrence a permis d’harmoniser les prix au niveau de l’offre de services, il y a encore quelques années pour une même prestation, on pouvait avoir des écarts de prix allant d’une échelle de 1 à 10. N’oublions pas que le marché est étroit, loin d’une concurrence agressive, nous assistons plutôt à des recherches de collaboration entre les différents acteurs du secteur (comme en témoigne la création d’une association des sociétés informatiques) afin de pouvoir trouver des solutions rentables aux problèmes spécifiques à notre secteur.
Quel est le type de clientèle que vous avez ? Et quelles sont les caractéristiques de la demande?
Nous avons une clientèle très diversifiée, qui va de la toute petite PME à la SCA (Société Concessionnaire de l’Aéroport) mais à 80% occidentale en raison des critères de qualités qui sont souvent exigés et du fait de nos prix pratiqués, plus élevés que ceux de nos concurrents locaux. Il existe aussi un potentiel important du coté des entreprises khmères. Auparavant, l’effet prix était déterminant. Maintenant, les mentalités commencent à changer. Petit à petit, la demande pour la qualité est de plus en plus importante mais le marché est loin d’être mature.
Quelles sont les perspectives du marché actuel en terme de croissance ? Dans quels créneaux en particulier ?
Les perspectives sont très bonnes. Pour notre part, nous avons observé une croissance de 20 à 30% de nos activités sur l’année dernière, c’est une tendance générale pour toutes les entreprises du secteur, du moins pour celles qui offrent de la qualité. Actuellement, tous les créneaux sont porteurs aussi bien la création de sites Internet clés en main, le développement spécifique, les pro-logiciels ou la maintenance réseau.
Vous êtes la seule société avec Allweb à faire du développement offshore, quelles sont les perspectives dans ce domaine très spécifique ?
Il ne faut pas se leurrer. En l’état actuel des choses, l’offshore n’est possible pour nous que parce que nous avons une relation privilégiée et de confiance avec nos clients en France. Le Cambodge n’est pas rentable en tant que sous-traitant car les coûts salariaux y sont trop élevés et la qualité moindre que ses concurrents comme les pays de l’Est, le Maghreb, l’Inde ou le Vietnam. Bien évidemment, l’offshore est très rentable mais c’est illusoire de croire au développement de l’offshore tant que nous aurons au Cambodge des coûts Internet élevés.
Justement quels types de problèmes rencontrez-vous ?
Nous avons essentiellement deux problèmes: l’un lié aux ressources humaines et l’autre aux coûts importants des infrastructures internet. Ces deux problèmes sont étroitement liés. En effet, aujourd’hui, les informaticiens qui ont un niveau correct ne sortent que de trois universités (ITC, URPP et Norton). C’est clairement insuffisant pour la demande locale qui est en forte croissance. De plus, ces jeunes
informaticiens sont loin d’être opérationnels et compétents à la sortie des universités. En effet, en raison du prix de l’Internet très élevé, l’étudiant en informatique ne peut se permettre d’avoir Internet chez lui. Il n’acquiert donc pas durant ces études cette culture Internet qui existe dans d’autres pays comme par exemple au Vietnam ou en Inde ou il est possible d’avoir Internet illimité chez soi pour 20 à 30 USD. Ceci n’existe pas au Cambodge (pour référence, Internet illimité au Cambodge revient au minimum à 300USD par mois.). Nous avons donc une
problématique avec des ressources humaines rares, chères et de qualité souvent inférieure à d’autres pays, couplé avec un marché en pleine croissance.
Pourquoi Internet est-il si cher au Cambodge ?
Dans les autres pays comme le Vietnam et l’Inde, l’Etat a investi massivement afin de permettre une démocratisation de cet outil. Au Cambodge, le développement de l’Internet passe uniquement par des financements et des investissements privés. Il faut dire que le marché n’est pas si important, avec 13 Millions d’habitants et 80% de population rurale, ce n’est pas très rentable d’opérer de gros investissements. Or il s’agit plus d’un choix politique, d’un choix de développement que d’un véritable choix économique. En tout cas, sans une baisse du coût de l’Internet, il ne sera pas possible de développer des ressources informatiques sur le long terme.
Quelles conséquences cela aura-t-il sur le long terme justement ?
Sans une baisse des coûts des infrastructures, il ne sera pas possible de bénéficier d’informaticiens ou de techniciens compétents immédiatement, la plupart des jeunes ingénieurs ou techniciens ne sont pas opérationnels et ont besoin de formations complémentaires mais en raison de leur nombre limité, les salaires sont élevés. De l’autre coté, nous avons une demande de plus en plus importante pour les services informatiques. Tout conduit donc à recruter à l’étranger des informaticiens pour le Cambodge ou même à sous-traiter à l’étranger. Récemment, nous avons du sous-traiter en urgence un projet cambodgien en Roumanie, la société roumaine l’a pour sa part sous-traité en Moldavie. Avec la mondialisation, tout est possible ! Il est cependant fort dommage qu’avec un potentiel très important au niveau du marché local, les Cambodgiens ne puissent pas en bénéficier davantage dans le futur. Mais c’est un risque fort probable si le développement des ressources humaines dans ce secteur ne s’intensifie pas.
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